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circulation à Ouagadougou Place des Nations unies au centre-ville
INVASION DES DEUX ROUES : HALTE A LA « CLOCHARDISATION »
DE DAKAR !
par El Hadj Mbengue Dangou-Nord, Rufisque

Je n’ai rien contre Ouagadougou, capitale du pays des hommes intègres, avec ses nuées pittoresques de sympathiques motocyclettes chevauchées par d’intrépides hommes, femmes, élèves et étudiants à travers les rues et ruelles de la ville !

Je n’ai rien contre ces braves Amazones des temps modernes qui, à Bamako, vont à leurs bureaux, à leurs cours ou à leurs rendez-vous galants coquettement perchées sur leurs motos dernier cri japonaises, chinoises ou coréennes !

Je n’ai rien contre les « Zemi-djan », ces motos-taxis de Lomé célèbres pour leur habileté à se faufiler dans les pires embouteillages pour vous déposer vite fait bien fait à bonne destination !

Mais que Dakar, ex-capitale de l’Afrique occidentale française, accepte sans broncher de se laisser envahir par une horde de deux-roues plus ou moins déglinguées et brinquebalantes, franchement, cela me choque !

Si encore c’était les bonnes vieilles Vespa de notre enfance, que certains de nos aînés « crooners » affectionnaient particulièrement pour conter fleurettes aux jeunes filles du quartier, ou encore ces bolides rutilants qu’exhibent fièrement les Hell’s Angels et autres amateurs de Harley Davidson ! Mais à voir la variété et l’audace tropicales des formes et cylindrées de nos deux-roues locales, on réalise bien vite qu’il s’agit là d’une nouvelle parade des « Gorgorlou » sénégalais à la cherté des voitures en bonne et due forme et à la précarité des transports en commun. C’est à des signes comme ceux-là qu’on touche du doigt la problématique de la paupérisation des masses laborieuses d’un pays, alors que la Côte d’Ivoire, a contrario, nous donne avec la SOTRA l’exemple éclatant d’une gestion réussie des transports en commun : depuis 2007, ils fabriquent eux-mêmes leurs autobus et bateaux-bus et se battent auprès des autorités pour se faire réserver près de 100 kms de « couloirs express» dans Abidjan afin d’appuyer leur programme de mobilité urbaine.

Mais revenons à Dakar. Bien que les deux-roues n’aient pas encore investi le centre ville comme à Ouaga, Bamako ou Lomé, elles sévissent déjà dans les banlieues et sur les routes périphériques. On en voit des centaines, des grandes et petites marques, des grosses et petites cylindrées, des designs futuristes et de vielles mobylettes ou autres Lambretta réformées et hâtivement re-lookées. Certaines ont des plaques minéralogiques, d’autre pas. Certains motards portent des casques, d’autres pas. Mais tous savent se faufiler comme l’éclair, dans un nuage de fumée, entre les Ndiaga Ndiaye, autobus Dem Dikk et cars Tata qui se disputent le bitume sur la route de Rufisque, au mépris du danger et des vitupérations des vendeurs à la sauvette de cartes téléphoniques.

Il est vrai par ailleurs que les deux-roues ne sont pas encore devenues un « business » à Dakar comme dans certaines villes de l’intérieur du pays, mais avec la tendance qu’ont certaines entreprises à donner à leurs livreurs de colis des « tricycles » ou autres motocyclettes en lieu et place de vraies voitures de service, le risque de dérapage est bien réel.

C’est pourquoi, avec tout le respect que je dois aux sénégalais qui les utilisent comme moyen de transport obligé, je ne peux m’empêcher de lancer ce cri d’alarme : non à la « clochardisation » de notre belle capitale par les deux-roues !

Pour ce faire et n’en déplaise à nos capitales sous-régionales sœurs, j’accompagnerai ce cri d’alarme d’un quadruple appel :

1 - aux journalistes reporters de nos télévisions nationales (vive la concurrence !) pour qu’ils nous ficellent un beau reportage sur ce nouveau phénomène des temps difficiles que nous vivons ;

2 - aux Pouvoirs publics de notre pays pour la mise en place et l’application stricte d’une bonne réglementation de la circulation de ces nouveaux chevaliers de la route ;

3 - aux assureurs et mécaniciens pour qu’ils se penchent goulûment, mais en bons professionnels, sur la manne que constituent ces nouveaux clients ;

4 - aux motards eux-mêmes, enfin, pour qu’ils s’organisent en syndicat, pourquoi pas, tant pour défendre leurs intérêts matériels et moraux que pour assainir le milieu et extirper de leurs rangs les motards boiteux réfractaires à toute réglementation. A cet égard, je voudrais moduler un sous-appel dans ce dernier appel, un appel aux femmes, nos chères moitiés, à se joindre résolument au cercle presqu’exclusivement masculin de la famille motocycliste. En effet, au-delà des impératifs légitimes de la parité, très en vogue en ce moment, l’entrée de nos sœurs citadines dans la danse des cycles – car, cela va sans dire, la bicyclette n’a plus de secrets pour bon nombre de nos sœurs rurales, en Casamance ou en pays sérère par exemple – pourrait entraîner une véritable révolution dans les mentalités : s’il est vrai que l’on conduit sur la route comme l’on se conduit dans la vie, les motards sénégalais pourraient, avec la présence des femmes sur la route à leurs côtés, retrouver prestement leurs réflexes légendaires de Samba Linguère, et le code de la galanterie pourrait vite remplacer le code de la route au pays de la téranga !

Ainsi, tout en respectant le droit à la circulation des nouveaux motards, hommes et femmes confondus, nous préserverions le chic de notre capitale. On pourrait même leur réserver des voies ou allées spéciales (là où il y a de bonnes routes !) où priorité leur serait accordée. Mais j’entends d’ici les sceptiques s’exclamer : « mais il rêve, celui-là ! ». Oui, je rêve peut-être mais après tout, il n’est pas interdit de rêver au Sénégal ! Au contraire même, tout le monde sait que les fils du « Lion rouge » sont d’indécrottables rêveurs, même si, en attendant de se brancher au nucléaire, ils carburent bravement à la bougie et à l’eau de puits/pluie !

Allaaji

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