La légende de Rufisque
par le dr Thianar Ndoye
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L’homme impressionne! Vous avez
sans doute entendu parler de lui
! C’est le Docteur Thianar Ndoye.
Il est simple, sympathique,
respectueux et ouvert d’esprit.
Il est consultant santé
nutrition, commandeur de l’ordre
national du lion, chevalier de
l’ordre français de la santé
publique, Médaille d’honneur des
épidémies.
La ville de Rufisque n’a pas
de secret pour lui. Il connaît
l’histoire de cette vieille
ville dont il est le "Ndéye Dji
Rééw (titre lébou qu’on donne à
un sage). Nous lui avons donné
la parole pour nous conter
l’histoire de cette ville qu’est
Rufisque.
Le dr Thianar Ndoye parle:
" On ne peut pas parler de
l’histoire de la ville de
Rufisque sans pour autant passer
par la légende et la légende de
l’histoire de la ville de
Rufisque est Mame Coumba Lamb ;
dés fois il y a des personnes
qui lui donnent comme nom de
famille NDoye et pourtant c’est
exact.
Vous savez les lébous
viennent de très loin mais ce
qu’il faut retenir c’est que les
lébous ont transité par
Kounounne pour venir s’implanter
à Rufisque, Bargny, et Mbao et
quand nos grands parents ont
décidé de venir s’implanter à
Rufisque plus exactement là ou
se trouve le phare actuel (chez
Crémier), Mame Sakhéwar Mbaye
fille de Sokhna Mbaye
accompagnée de Mame Djirama
Ndoye ou Djirima Coumba Ndoye,
venaient de Djiatikke et ont
transité par le Djolloff,
Madieumbeu, Djander pour venir à
Rufisque. Donc c’est Mame
Sakhéwar Mbaye qui a implanté
NDunkou et c’est elle qui y a
laissé la famille de Demba
Djiakher Mbaye et c’est pourquoi
la famille Mbaye existe toujours
à NDunkou. On les trouve aussi à
Kounoune de même que la famille
Ndoye et il faut noter que ces
deux familles ont des liens de
parenté. Aussi si on remonte
jusqu’au Cayor vous verrez que
les lébous en font partie car si
l’on dit Mame Samba Ndoye
Deuguéne Gagne et Diogou, là ou
le royaume du Cayor a commencé
ainsi que le Djoloff et Djiwalo,
les lébous en faisaient partie
intégrante et ils étaient des
cultivateurs et des éleveurs.
Je vais ouvrir une
parenthèse! On dit Lat Soukabé
Ngoné Dieye, Ngoné Dieye Faty
Malick , Gagne Faty Malick et
Gagne a épousé la mère du damel
du Cayor. La région du Cap vert
n’existe pas! Les français lui
ont donné le nom de presqu’île
du Cap vert et les lébous disent
« Teugue Gedj » ou le terroir au
bord de la mer.
D’ailleurs même si l’on prend
la géo histoire vous prenez
Bidjine et vous passez par
Diakinne pour aller à Saly et
c’est tout ça qui représente la
presqu’île du Cap vert mais
aujourd’hui l’administration de
par son découpage administratif
a changé les limites de la
presqu’île du Cap vert. Et si
nous prenons la vraie histoire
Saly portudal fait partie de la
presqu’île du Cap vert et c’est
au niveau de ses montagnes que
se trouvent ses limites avec le
Cayor. Ici on ferme la
parenthèse en quittant le Cayor
et je vous rappelle que je suis
toujours sur la légende de
Rufisque.
Nos grands parents avaient
commencé l’abattage des arbres
pour s’installer et Mame Coumba
Lamb fît son apparition et leur
demanda qui les avait autorisé
cette abattage sur son «
Mandinggue » car en ce temps de
Ndunkou, au phare actuel il y
avait que la mer et personne
n’osait s’aventurer là bas. Mais
Mame Sakhéwar Mbaye et Djirima
Coumba Ndoye étaient très
courageux et avaient des
pouvoirs car pour aller jusque
là il fallait plus que du
courage et leur réponse à Mame
Coumba Lamb fût : « Nous venons
de Kounoune et nous voulons
habiter dans un coin tranquille
» . Et Mame Coumba Lamb reconnu
leur courage et leur proposa un
pacte ; ce pacte définit les
conditions de co-habitation pour
que Mame Sakhéwar Mbaye et
Djirima Coumba Ndoye puissent
implanter leur quartier car il
faut souligner que si les «
Djinns » décident de co-habiter
avec les humains il faut
impérativement définir les
règles. Et après avoir trouvé un
terrain d’entente nos deux
grands parents s’implantent à
NDunkou ce qui explique que
c’est le plus vieux quartier des
14 « Pinthie » de Rufisque.
C’est pourquoi quand les lébous
ont quelque chose à déplorer ou
des secrets à sortir et même des
décisions à prendre ils se
rencontrent à §NDunkou et ces
rencontres s’appelaient « Péye »
d’où le nom de NDunkou Péye et
ce qui fait de ce quartier la
capitale traditionnelle des
lébous de Rufisque.
Vous savez même mon nom
Thianar est un nom traditionnel
c’est pas Alioune, ni Abdoulaye,
ni Moustapha cause pour laquelle
on dit Thianar Ndoye NDunkou
Péye car je suis originaire de
NDunkou et là ou je suis
actuellement le quartier de
Guendel était un grand champ et
tout ce qui devait s’y faire il
fallait l’autorisation du «
Djaraff NDunkou Péye » .
Maintenant pour les termes du
pacte ce sera après car cela
peut faire l’objet de plusieurs
livres, les jeunes lébous
doivent vraiment apprendre leur
histoire à l’instar des autres
ethnies qui font des théses sur
les Almamys.
Je salue votre démarche et
notez que tout ce que je vous
dis pourrait être développé et
faire l'objet de livres car il y
a beaucoup de choses à dire.
Donc au niveau de l’histoire
traditionnelle c’est la légende
qui est la première et cela
s’est passé il y a très
longtemps sinon pour donner une
date je sais que quand les
lébous ont quitté le Djolof pour
pendre la place des socés car ce
sont les lébous qui ont chassé
les socés de Rufisque en ce
temps jusqu’au 13 éme siècle il
y avait le Mali c’est ce qu’on
appelait les Mandingues. Au 13
éme siècle les lébous ont pris
la place des socés au Cap vert
ils se sont battus et c’est un
nommé Malang Diao Diallo qui a
été tué le dernier. Il était le
roi des socés. On lui avait
coupé la tête et cette dernière
fût enterrée et c’est d’où est
venu le nom du quartier de Bopp.
C’est le grand père d’un ancien
député du nom de Samba Diop qui
avait tué ce roi.
Mame Mbaye Mbengue à Yoff
disait que les lébous ont fait 6
siècles au Cap vert et il ne
s’est pas trompé car si le 13éme
siècle est 1300 plus les 600 ans
le tout nous donne 1900 et
quelques c’est considérable et
on commence à perdurer sur le
Tefess (rivages).Voici
l’histoire qui est une histoire
traditionnelle et une légende de
Rufisque.
Maintenant si l’on va à
l’historique on entre sur
comment les gens sont arrivés à
Rufisque.
Ils étaient nombreux car les
portugais étaient venus, les
hollandais aussi et même le nom
de Gorée vient des hollandais et
non des français. Les anglais
aussi étaient là et ils
voulaient arracher l'île aux
français. Tant tôt c’était les
français qui chassaient les
anglais tant tôt c’était les
anglais qui chassaient les
français et ce jusqu’en 1815 les
français ont eu le dessus sur
les anglais et pourtant les
anglais étaient plus nombreux
car les français occupaient la 3
éme place derrière les anglais
et les portugais et c’est avec
le traité de Berlin de 1815
qu’ils ont eu à faire le partage
et à chaque colonie sa part.
C’est pourquoi en 1815 le
Sénégal devint une colonie
française.
Si nous revenons à
l’histoire, sur les colons venus
à Rufisque ce qu’on remarque
c’est les portugais les 1er
ainsi que les espagnols bien
avant les anglais car déjà en
1415 ils étaient là et ce qui
illustre cela c’est le Cap
Manuel qui est un nom portugais
et c’est eux aussi qui ont
découvert l’Amérique. Ils ont un
petit pays mais sur le plan de
l’histoire ils ont joué un très
grand rôle du fait qu’ils
possédaient une très grande
marine.
Avant le Cap vert était
verdoyant et il était impensable
d’y accéder à pied et la ville
de Rufisque est plus vieille que
Dakar car en 1925 Dakar était un
village de pécheurs à côté de
Rufisque.
Or l’arrivée des caravelles
des blancs était un événement
car dés que les lébous les
apercevaient au large, ils
allaient tous s’habiller comme
pour aller sur le champ de
bataille (gris-gris et fusils à
poudre à l’épaule) et ils
s’alignaient le long de la
place. Et les blancs depuis leur
caravelle, pour leur faire peur,
envoyaient des coups de canon à
blanc. Les lébous, pour montrer
leur bravoure, scandaient tous à
haute voix « c’est pas ici que
ça va tomber ». Et ils
ripostaient tout de suite avec
des coups de fusil à poudre dont
les projectiles n’atteignaient
même pas la caravelle, et après
plusieurs échanges les blancs
reprenaient le large. Tout ça
pour dire que le Cap vert n’a
pas eu une conquête avec les
blancs, la résistance c’était
plus à l’est avec Lat Dior qui
est un parent des lébous et
jamais il n y a eu une bataille
au Cap vert. Le véritable coup
de feu s’est passé à Gorom pour
une histoire d’impôt entre
Diogol Diogoli Maye Diop fils de
Maye Diop et les blancs et
durant la bagarre il s’était
armé de Tapparka « un gros bâton
» et a tenu tête a trois
gendarmes et ses louanges furent
chantées par les griots: «
Diogol n’a jamais voulu quitté
Gorom ». En ma connaissance
c’est le seul coup de fusil qui
a eu lieu au Cap vert durant
cette période et encore une fois
de plus il n’y a jamais eu une
résistance au Cap vert.
Vient aussi l’islamisation
car il faut rappeler que les
lébous étaient des Tiédos et ils
continuaient toujours à boire.
Les lébous croyaient en Dieu et
si l’on doit parler de
l’islamisation on doit aussi
parler de l’évangélisation des
lébous car les lébous avaient
des marabouts et des labbés
(prêtres) et aussi des païens
qui refusaient toujours de se
convertir et jusqu'à présent ils
existent. Les lébous ne se sont
convertis à l’islam ou au
christianisme que trés tard.
D’ailleurs même s’il y a plus
d’espoir de guérison d’une
maladie après plusieurs prières,
ils se tournent vers le Deup «
rituel lébou pour soigner une
maladie ». Les chrétiens ont
leur croix et les musulmans
leurs gris-gris et chapelet mais
une fois inquiets ils se
tournent tous vers la tradition
pour aller voir Mame Fatou Seck
qui est la prêtresse et c’est
elle qui nous aide dans ces
moments là. Qui est le lébou qui
ne la connaît pas ?
Aujourd’hui il y a un
changement car les Raps (génies)
sont devenus des Rawannes. Toute
personne qui avait un rap a
maintenant un rawanne. Et la
différence entre un Djinné, un
Rappe et un Rawanne est la
suivante: le rap est plus
méchant il habite en la
personne. Le rawanne lui,
protége la personne et lui
prédit dés fois l’avenir tandis
qu’un Djinné est naturellement
méchant.
Donc concernant
l’islamisation des lébous c’est
un thème spécial mais il eut
lieu il y a de cela un siècle et
il reste des lébous païens. En
2005 cela faisait un peu plus
d'un siècle. Beaucoup de
quartiers à Rufisque furent
érigés en 1904 tel que :
Thiawléne, Dangou et tant d’autreS.
D’ailleurs même en 2004 il y a
des quartiers qui ont fêté leur
centenaire. Thiawléne a fêté
cela tard en 2005 et Guendel
devait fêter ça même si c’est en
2006.
Si tu ne connais rien de ton
passé ton présent ne peut être
solide et tu n’auras aucun
avenir, alors il faut jamais
dire que le passé est passé et
il faut s’en souvenir. Moi je
dis que le passé est bien
présent car c’est sur lui que
nous avons bâti le présent donc
c’est le passé qui soutient le
présent alors nous ne pouvons
pas dire que le passé est
passé,le passé est présent : ne
dites pas se souvenir du passé
ou se tourner vers le passé, je
dis que c’est le passé qui nous
soutient et si quelque chose te
soutient cela veut dire qu’il
est présent. Donc le passé est
là. Quelqu’un qui n’a pas de
passé est comme une feuille
morte. Tout vent qui vient peut
l’emporter.
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Interview réalisée par Cheikh
Anta Diop
Journaliste à JOKKO FM
Transcription Ibrahima Séne
pour Rufisque News
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