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INTERVIEW
 
Ngoné NDOYE, sénatrice, maire Rufisque Est : ‘Mes administrés sont les premières victimes des dégâts de la Sococim’

Sources Walfadjri

Les 20 millions de francs Cfa par an que la Sococim octroie à la commune d’arrondissement de Rufisque Est sont jugés insuffisants. La plainte est de Mme Ngoné Ndoye, sénatrice et maire de la commune d’arrondissement de Rufisque Est qui estime que ses administrés sont les premières victimes des dégâts de la cimenterie. En lieu et place de cette somme d’argent injectée annuellement dans le budget de sa commune, Ngoné Ndoye aurait préféré la construction d’un poste de santé bien équipé et la création de mutuelle de santé que la Sococim appuiera au moins à hauteur de 500 millions. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, lors de la Revue annuelle conjointe, celle que l’on surnomme la ’Dame de fer’ est revenue sur les contraintes des collectivités dans le cadre de la décentralisation de la santé.

Wal Fadjri : Quelles sont les contraintes des collectivités locales dans la prise en charge des questions de santé qui est devenue une compétence transférée ?


Ngoné Ndoye : Il nous sera peut-être difficile de faire un bilan exhaustif de ce que vous voulez savoir, mais toujours est-il que je vais en tirer quelques points saillants et importants. Depuis l’arrivée d’Abdou Fall et de l’actuel ministre, Safiétou Thiam, les choses ont quand même évolué. On avait un problème assez terre-à-terre qui était lié aux Comités de gestion de santé. Dans ces comités, la collectivité locale n’était pas représentée. Ces comités étaient sous la direction des populations, en collaboration avec les techniciens de santé, comme l’infirmier chef de poste ou le médecin chef de district. La collectivité locale, ne se sentant pas concernée, n’a jamais accompagné ces comités de gestion de santé. Toute action qui se fait par un quelconque organisme a besoin de visibilité, a besoin d’être comprise, mais aussi d’être suivie. Cela a fait que les collectivités locales se sont éloignées, pour ne pas dire que nous ne sommes même pas impliquées dans ces comités de gestion. Et les gens ont crié pour demander que les collectivités locales leur envoient les fonds de dotation que l’Etat leur alloue. Depuis Abdou Fall, le ministère de la Santé a pris sur lui de modifier les textes en changeant ces comités de gestion en Ocdes. Ce sont des organisations communautaires ont le maire ou le président du Conseil rural est le président. Ce dernier est accompagné dans la structure par deux membres de sa collectivité locale. C’est simplement pour rendre à César ce qui lui appartient. Ainsi, le maire d’arrondissement ou le président du conseil rural sont non seulement tenus de verser les fonds de dotation, mais ils sont obligés, dans le cadre des compétences qui leur sont transférées, d’accompagner par des ressources propres de la commune le développement des postes ou centres de santé. De fait, les problèmes de santé au niveau local seront mieux maîtrisés. L’autre problème noté au niveau local concerne les agents de santé communautaire (Asc.). Ils avaient été recrutés par le comité de gestion moyennant une rémunération de 10 à 15 mille francs. Chemin faisant, ces agents ont pris du métier, ils ont appris à travailler et se sont conformés à ce travail, mais 15 mille francs par trimestre ou semestre ne nourrit pas son homme. Cela fait qu’aujourd’hui, c’est un personnel qui est là, que les gens utilisent et qui a des problèmes pour être rémunéré. Et cela se sent. Malgré tout l’argent que l’on envoie à la santé par achat de ticket et autre chose, les comités de gestion sont obligés de prendre en charge ces Asc. Et cela pose problème. Car tout l’argent destiné à la santé commence à aller ailleurs que là-bas. Donc, l’organisation de ces Ocdes demande à la commune de continuer son action, c’est-à-dire de continuer à prendre en charge les Asc. Et définitivement en tant qu’agent de santé. Cela va être un souffle nouveau. L’autre souffle nouveau que j’ai senti, c’est la mutualité que nous sommes en train de prôner. Il faut que, dans chaque collectivité locale, il puisse y exister une mutuelle de santé. Ce sera une mutuelle-mère d’où dépendront d’autres mutuelles de quartier. Et la collectivité en elle-même mettra une mise de base. C’est-à-dire une subvention globale pour certaines maladies qui seront identifiées comme la tuberculose qui gagne du terrain à cause du Vih/Sida. En ce qui concerne les césariennes, la prise en charge des urgences obstétricales ou le plan Sésame, le président de la République a déjà réglé le problème. Mais il reste à faire. Le problème de la prise en charge des diabétiques où l’on évoque de plus en plus la décentralisation. Le nombre de diabétiques augmente régulièrement et le centre Mark Sankalé, spécialisé dans le traitement, est plus ou moins débordé. A cela s’ajoute l’effet dévastateur du paludisme qui constitue le premier motif de consultation. Cette mutuelle de santé pourra être un cadre de concertation où les maladies les plus répertoriées seront définies. Cette mutuelle pourra venir en secours au chef de l’Etat et aux partenaires au développement. La responsabilisation accrue de la collectivité locale dans les questions de santé n’est qu’un bonheur pour tout le monde. Dans le temps, nous avions connu un problème.

Wal Fadjri : Lequel et il est de quelle nature ?

Ngoné Ndoye : La carte sanitaire était définie par le ministère et construite par l’Etat, mais aujourd’hui le Bci est décentralisé. Ce sont les collectivités locales elles-mêmes qui construisent leurs centres de santé et leurs postes de santé. Les collectivités locales reprennent également les centres vétustes. Par exemple, nous avons reçu du ministère de la Santé, dans le cadre du budget consolidé d’investissement décentralisé, 30 millions pour le poste de santé d’Arafat qu’il faudra refaire, 30 millions pour le poste de santé de Pmi, 30 millions pour le poste de santé de Sante Yalla, 30 autres millions pour le poste de santé de Diokoul. Et nous-mêmes collectivités locales allons exécuter les travaux à la base, selon les priorités et les besoins des populations que nous-mêmes avons identifiés, parce qu’étant de proximité. Il ne s’agit pas de venir dire qu’on va implanter un poste de santé n’importe comment. Forcément, c’est la collectivité, en rapport avec les populations, qui dira que tel quartier a besoin de tel poste de santé.

Wal Fadjri : Peut-on dire que les collectivités locales sont assez impliquées dans la gestion des questions de santé de manière globale ?

Ngoné Ndoye : Des avancées significatives sont notées. En effet, le Bci décentralisé n’existait pas avant. L’Etat pouvait se lever un bon matin et dire qu’il va mettre à Dioffior un poste de santé. Le maire ou le président de conseil rural de Dioffior, s’il est conséquent, ne va pas s’en occuper. Et ainsi, un poste de santé sera fermé, délabré. Mais aujourd’hui, ce sont les collectivités locales qui décident en disant qu’ils ont besoin d’un poste de santé à Thiawlène. L’Etat nous décentralise l’argent et nous-mêmes, construisons ce poste de santé parce que connaissant le problème des habitants de ce quartier. Nous aurons également la responsabilité d’entretenir ce poste de santé, de le nettoyer, de le repeindre en cas de nécessité, de le fleurir, d’assurer son entretien global. L’autre avancée, c’est qu’avec l’avènement des Ocdes, le responsable de la collectivité locale est responsable de la santé dans son périmètre communal. Par ailleurs, soulignons que le ministère de la Santé a formé les élus locaux à pouvoir maîtriser les outils de financement de la santé. Actuellement, les collectivités sont au cœur des interventions et de l’exercice de santé.

Wal Fadjri : Qu’est-ce que les collectivités attendent des partenaires au développement ?

Ngoné Ndoye : Dans le cadre de la santé, les partenaires accompagnent l’Etat. Mais toujours est-il qu’au niveau local, nous pouvons en faire la demande comme je viens de le faire à M. Ibra Ndoye du Conseil national de lutte contre le Sida concernant l’Oms. En effet, au niveau local, j’ai des foyers à risque au Vih. Avec les camionneurs venant d’horizons divers et qui fréquentent les quartiers se trouvant aux abords de la Sococim comme Gouye Mouride et de Thiawlène…, le risque de propagation de la pandémie est réel. Avec l’installation de ces camionneurs et autres mareyeurs dans ces quartiers, un problème de promiscuité se pose et cela veut dire ce que cela veut dire. D’autant plus que ces hommes ont de l’argent en poche. Cette situation peut favoriser les maladies sexuellement transmissibles dont le Vih. La requête que je viens d’introduire auprès du Dr Ibra Ndoye sera certainement un moyen pour sensibiliser et renforcer la prévention à ce niveau. Tout le monde sait que les routiers constituent un groupe passerelle et il y a un réel danger de les fréquenter sans se protéger. Nous avons également un partenariat avec l’Unicef sur la prise en charge des maladies infanto-juvéniles, notamment des infections respiratoires aiguës. Il appartient maintenant à la collectivité locale d’être transparente dans la gestion de ces ressources allouées par les partenaires. D’ailleurs, les bailleurs ont des mécanismes d’évaluation et de suivi pour voir si l’argent a été bien utilisé.

Wal Fadjri : On sait que la Sococim est implantée dans votre périmètre communal et des problèmes de pollution sont notés. Qu’est-ce que la cimenterie fait en matière de santé pour Rufisque Est ?

Ngoné Ndoye : C’est un problème assez sensible et assez important que vous venez d’évoquer. La Sococim ne négocie pas directement avec la collectivité locale, encore moins avec la collectivité d’arrondissement parce que je suis au deuxième échelon. Il y a la ville. La Sococim négocie avec l’Etat qui lui a permis de s’installer et qui lui a fixé des règles. Elle paye à l’Etat une taxe bien précise, et paye à la ville de Rufisque une autre taxe. Mais moi, je suis le réceptacle de sa pollution. Mes populations sont victimes de tous ses dégâts. Même la mer où les pêcheurs de ma localité embarquent, est affectée par la pollution de la Sococim. N’empêche, ma collectivité a signé une convention avec la Sococim. La cimenterie nous octroie une enveloppe de 20 millions de francs Cfa par an. Cette somme très négligeable peut être considérée comme valorisante, car nous ayant permis de poser le débat. Nous avons eu le courage d’aller parler avec les responsables de la Sococim. Ainsi, dans le cadre de sa politique sociale, 20 millions sont intégrés dans le budget de la commune d’arrondissement depuis trois ans. Des partenaires comme la Banque mondiale veulent en mettre autant. Cette somme n’est pas encore acquise, mais nous travaillons dans ce sens. Mais ce montant alloué par an par la Sococim ne règle pas le problème. Nous aurions souhaité que la cimenterie nous dise : rasez le poste de santé de Gouye Mouride, je vais en faire un centre de santé fonctionnel. On aurait également préféré que la cimenterie puisse monter une mutuelle de santé dans laquelle elle mettra au moins 500 millions de francs pour la prise en charge partielle des populations. Toutes ces propositions sont à discuter et nous allons pouvoir trouver des solutions dans ce sens.

Propos recueillis par Issa NIANG

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