POLITIQUE
SEYDOU DIOUF CANDIDAT DEPUTE PDS A RUFISQUE
« Les appareils politiques inhibent la démocratie ».
Par Madior
FALL
Sources
Sud Quotidien
Lundi 30 avril 2007
Est-ce le temps du passage de témoin, le temps de la relève
générationnelle dans tous les secteurs et segments de notre société ?
Une « alternance » générationnelle en marche ? Sud tentera de donner la
parole à plusieurs acteurs de cette génération nouvelle qui réclame et
veut assumer ici et maintenant sa part de République. Seydou Diouf, l’un
des candidats du Parti démocratique sénégalais (Pds), de la coalition
Sopi précisément, dans le département de Rufisque pour les législatives,
Ex-porte-parole du Parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc) de Me
Mbaye Jacques Diop est le premier sur la liste. Pour lui, la réponse est
oui. Il considère que les appareils politiques actuels inhibent la
démocratie. Sa génération doit, selon lui, être aux commandes, parce
que, plus apte à comprendre les paradigmes actuels et à les traduire en
action.
Entretien
Le regretté Pape Babacar Mbaye du Parti socialiste (Ps), Moussa Tine
de l’Alliance Jëf-Jël, Talla Sylla président de cette structure, Idrissa
Seck de Rewmi, Cheikh Bamba Dièye de Fsd/Bj, Serigne Mbaye Thiam du Ps,
Seydou Sy Sall de la Ld/Mpt, vous-même Seydou Diouf aujourd’hui au Pds
et tant d’autres jeunes des formations politiques du pays sembliez
donner l’impression d’être la relève au sein d’une classe politique qui
commence à s’essouffler. Depuis 2000, c’est l’éclipse pourtant. On vous
entend moins. Est-ce à dire que ce n’était que feu de paille ?
Non, je
ne le pense pas. Parmi ceux-là que vous citez, je crois qu’il faut
également compter Macky Sall, l’actuel Premier ministre. Le problème ne
se pose pas de mon point de vue en termes d’alternance ou d’alternative
générationnelle. L’histoire s’inscrit plutôt dans une continuité avec
certes son lot de surprises, mais dans une transmission inévitable de
témoins. Ségolène Royale, François Bayrou, Nicolas Sarkozy pour prendre
l’exemple de la France sont aujourd’hui au-devant de la scène. Personne
ne les y attendait, il y a quelques années. Ils marquent désormais la
vie politique française. Au Sénégal également, nous ne pouvons pas
couper à l’avènement de cette relève qui est arrivée à maturité. La
période des porteurs de pancartes de 1958 est révolue. Ils ont marqué
leur temps, mené leurs combats. Ils ont été au cœur de l’indépendance de
ce pays. Feu Majmouth Diop et Amath Dansokho et ses autres camarades du
Parti africain pour l’indépendance (Pai), se sont également investis
pour les combats de la démocratie. Les soixante-huitards ont également
défendu les causes de leur temps. Je pense à Abdoulaye Bathily de la
Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (Ld/Mpt), ≈, à
Landing Savané d’And/Jëf, parti africain pour la démocratie et le
socialisme (Aj/Pads). Il faut leur rendre l’hommage mérité. Cependant,
les paradigmes se posent différemment aujourd’hui pour notre génération.
Nous sommes la génération de la mondialisation. Un cadre environnemental
où c’est moins par un débat politicien ou teinté d’idéologie que nous
allons nous en sortir. C’est plutôt par la compétitivité, par
l’attractivité. De nouveaux concepts ont vu le jour. Il nous revient
donc d’en assumer les contenus et les exigences. Nous battre pour
permettre à notre tissu industriel d’être compétitif. De faire muter le
Sénégalais paysan en agriculteur performant. De faire en sorte que les
nouvelles technologies charrient notre vécu quotidien et lui profitent.
Des défis qui ne sont pas ceux de l’ancienne génération. Il appartient
donc à la nôtre dans une intelligente convergence d’en assumer les
responsabilités. Il nous faut positionner notre pays dans le concert des
nations dans un environnement de globalisation et de mondialisation.
Est-ce à dire que vous suggérez une jonction entre les politiques et les
autres segments de la société, notamment ceux de l’économie ? Vous
voulez faire tomber les barrières ?
Cette
jonction existe d’elle-même. Regardez ceux qui dirigent les entreprises,
les banques, l’économie globalement. La moyenne d’âge se situe entre 30
ans et 40 ans tout au plus. Ils sont en train de créer des richesses
faisant du coup respirer notre économie. Au plan politique, nous sommes
leur répondant. Nous portons le même discours, la même vision, les mêmes
ambitions liées à notre époque. La finalité de la politique étant le
bien vivre de la cité, son action concerne tous les segments de la
société. Maintenant, il faut peut-être le dire, il ne s’agit pas
seulement d’une question d’âge car je pense que le chef de l’Etat actuel
fait même plus jeune que nous quant à son audace et à ses idées et sa
volonté de les mener à bien. Mais plutôt d’adaptation à l’époque, d’en
comprendre les exigences et d’en donner les réponses idoines.
Mais cette jeunesse reste encore marginale dans le jeu politique ?
Pour la
simple et bonne raison que les appareils politiques sont encore sous la
coupe des anciens. Ils inhibent encore les velléités de respiration de
notre démocratie, la volonté de converger des nouveaux acteurs. On note
le même comportement chez certains caciques de la vie économique qui
optent pour le statut quo-ante. Je dois dire qu’ayant un vécu et des
échanges profonds avec le regretté Pape Babacar Mbaye dont je salue la
mémoire et l’œuvre politique, une même sympathie me lie également à
Cheikh Bamba Dièye tout comme j’ai partagé souvent le plateau avec Talla
Sylla et Moussa Tine, Modou Diagne Fada qui est un ami, que nous sommes
une génération d’hommes et de femmes de notre temps. Nous en avons
claire conscience. La démocratie sénégalaise a besoin d’un souffle
nouveau, même si la recomposition politique doit se fonder sur des
valeurs et d’éthique. La démocratie n’est plus une démocratie
d’adhésion, elle est plutôt participative. Elle exige aujourd’hui un
environnement sain pour une émulation saine de ses acteurs.
Douze formations politiques de l’opposition ont décidé de boycotter les
législatives. N’avez-vous pas le sentiment que la démocratie va mal au
Sénégal ?
Quatorze
partis politiques et coalitions de partis politiques ont décidé eux d’y
participer. C’est tant mieux pour la démocratie. Il appartient à ceux
qui ont décidé de jouer le jeu électoral de faire en sorte que la
participation soit massive et représentative. Pour ma part, je considère
que l’option des « boycotteurs » est extrêmement grave. Je ne sais pas
s’ils ont mesuré la portée de leur acte et de ses conséquences pour
leurs propres formations et pour leurs militants. Les arguments qu’ils
avancent sont truffés de contradiction puisqu’on nous dit que nous
allons boycotter parce que le président Wade a fabriqué des résultats le
25 février tout en clamant que des électeurs ont voté dans certains
bureaux de vote au-delà de l’heure. Ce qui signifie simplement que les
Sénégalais étaient dans les bureaux de vote pour exprimer leur devoir et
droit citoyen. Le taux de participation en fait foi et il n’a été que la
traduction de la mobilisation des électeurs qui ont voté et bien voté.
Il s’y ajoute que l’on a noté nulle part des échauffourées le jour du
vote. C’est la première fois dans l’histoire électorale du Sénégal.
Partout le vote s’est déroulé dans le calme et la sérénité avec des
électeurs disciplinés mais déterminés. L’opposition devra assurément
répondre devant le tribunal de l’histoire de son acte de boycott en
privant à ceux et celles qui avaient porté leurs suffrages sur ses
candidats à la présidentielle passée, la possibilité, si ces derniers la
suivent, de se choisir librement des représentants à l’Assemblée
nationale.
Pourquoi votre formation n’accepte pas le dialogue politique réclamé par
l’opposition dans ce cadre ?
Il faut
être deux pour dialoguer. L’opposition qui boycotte refuse de
reconnaître la légitimité du président Wade et veut dialoguer avec lui,
c’est là encore une contradiction difficilement surmontable. Quant à Me
Wade, personne ne peut nier qu’il est un fervent partisan du partage. Ne
s’est-il pas toujours assis à la table de la négociation quand l’intérêt
national l’exigeait même quand il se sentait spolié ? Il faut le dire,
il revient aux hommes politiques d’être sérieux. Vous ne pouvez pas
contester la légitimité de quelqu’un et vouloir dialoguer avec lui. Sur
la base de quoi ? Je déplore même dans ce cadre l’attitude d’une
certaine société dite civile. J’ai été sidéré par les propos de l’une de
ses membres, qui disait en substance que l’on ne pouvait pas revenir sur
l’élection de Me Wade parce que le Conseil constitutionnel a prononcé
son verdict, déplaçant ainsi le problème sur le simple terrain de la
légalité comme pour dire qu’à défaut de légitimité, contentons-nous de
la légalité. Cela me semble extrêmement grave car le problème n’est pas
l’arrêt du Conseil constitutionnel qui ne traduit qu’un état de fait
observé par tous, le vote massif des Sénégalais en faveur du président
Wade.
Que ne confrontez-vous pas simplement vos arguments à ceux de
l’opposition autour d’une table ?
Nous
n’avons pas les mêmes perspectives ni la même compréhension du dialogue
politique. La transparence, la clarté et la régularité du scrutin ne
souffrent d’aucune contestation possible. 56% des électeurs se sont
prononcés pour le candidat Wade, tandis que les 44% restants l’ont fait
pour d’autres. Depuis 2000, la démocratie sénégalaise s’est affranchie
des élections mal organisées entraînant des contestations post-scrutin
souvent même violentes. Inviter à la table du dialogue sur ce sujet est
ainsi une pure perte de temps. Pour tout autre question d’intérêt
national, le Pds et son Secrétaire général national ainsi que ses alliés
sont tout à fait disposés comme ils l’ont toujours été. Dialoguer donc
pour reporter les législatives ne me semble ni judicieux, ni faisable.
Nous nous devons de respecter les Sénégalais qui réclament le
renouvellement des mandats venus à expiration de leurs représentants à
l’Assemblée nationale. Et l’on ne peut créer un précédent dangereux car
il suffira dans l’avenir de menacer de boycotter pour prendre en otage
le calendrier électoral du pays.
Comment se porte la fusion Ppc-Pds ? Etes-vous désormais bien intégrés
au Pds ?
Je ne
puis avoir qu’une réponse mitigée à ces questions. J’ai eu le privilège
d’avoir été le porte-parole du Parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc)
créé en mai 2000 par Me Mbaye Jacques Diop après sa sortie du Parti
socialiste (Ps). Tout comme j’ai eu l’honneur, avec ma sœur Ngoné Ndoye,
d’avoir été désignés plénipotentiaires de la formation lorsqu’il s’est
agi de fusionner avec le Parti démocratique sénégalais (Pds). Né en mai
2000, le Ppc s’est retrouvé moins d’un an après en avril 2000 aux
élections législatives anticipées. Et a pu ainsi affirmer une présence
sur la scène politique nationale en se retrouvant à l’Assemblée
nationale tout en étant classé 6ème parmi les 25 formations politiques
qui avaient pris part à la compétition, engrangeant au passage un peu
plus de 20.000 voix. A Rufisque, le fief de notre Secrétaire général,
nous nous classâmes 2ème derrière la coalition Sopi ak moom avec plus de
14.000 voix. A la demande du frère Secrétaire général du Pds, Me
Abdoulaye Wade, une requête qui était la troisième ou la quatrième du
genre que le nôtre nous a consultés en vue d’une fusion avec le Pds.
Cette fusion s’est très bien opéré au sommet du Pds. Au congrès du 20
avril 2002, Me Mbaye Jacques Diop avait été nommé secrétaire politique
du Pds. Toutes les réformes de la structuration du Pds qui ont suivi ce
congrès ont fait gré à cette position de Me Mbaye Jacques Diop dans les
instances dirigeantes du Pds jusqu’à ce jour où il est membre du Comité
directeur de la formation. Cela s’est également bien passé pour nos
jeunes. Deux de nos camarades ont des responsabilités importantes au
sein de l’Union des jeunesses travaillistes libérales (Ujtl) et du
Mouvement des étudiants et élèves libéraux (Meel). Globalement au
sommet, cette fusion s’est bien déroulée, d’autant plus que le frère
Secrétaire général national, le Président de la République Me Abdoulaye
Wade a bien voulu confier de grandes responsabilités d’Etat à Me Mbaye
Jacques Diop.
Pourquoi donc une réponse mitigée ?
Simplement et il faut le reconnaître, la fusion passe difficilement à la
base. Elle connaît des ratés. A Rufisque où nous n’avons pas toujours
été bien accueillis par ceux-là qui étaient devenus nos frères du fait
de la fusion. Beaucoup de réticences notées, beaucoup d’ostracisme
observé. Une intégration non encore réalisée dans les structures du
parti contrairement au procès-verbal de fusion qui en disposait. Qu’il
s’agisse de Rufisque ou dans plusieurs autres contrées du Sénégal où
nous étions présents et bien présents et d’où même nous avons aidé
largement à la victoire de la coalition pendant les élections locales de
2002, notamment à Sokone, Kolda, Foundiougne…, on note une
marginalisation de nos camarades au point que très souvent, ceux-là se
sont regroupés faute de cadre d’épanouissement au sein du Pds.
Certes,
il faut le reconnaître dans certains endroits, les responsables locaux
du Pds ont fait droit à cette intégration. Ce qui a permis à nos
camarades de donner le meilleur d’eux-mêmes au sein de leur nouvelle
formation. Mais c’est-là encore l’exception qui confirme la règle. D’où
ma réponse mitigée.
Comment ressentez-vous néanmoins votre investiture sur les listes de la
coalition Sopi pour les législatives de juin prochain ?
J’exprime
tout d’abord ma gratitude au frère Secrétaire général national, Me
Abdoulaye Wade, président de la République qui a validé les propositions
qui lui ont été soumises par la commission d’investiture présidée par le
frère Secrétaire général national adjoint, Macky Sall. Il faut cependant
préciser que c’est faire mauvaise querelle à Macky Sall quant à ces
investitures. La commission qu’il a eu à présider n’a fait que soumettre
à l’appréciation du Secrétaire général national ses conclusions.
Celui-ci les a validées. En ce qui concerne mon investiture, je pense
que ce n’est que justice. Il est quand même difficile de faire
abstraction du poids réel de l’ex-Ppc, ne serait-ce qu’à Rufisque où il
se classait 2ème derrière la coalition Sopi en engrangeant au passage
pas moins de 14.000 voix en 2001. Cela compte. Nous étions également
présent sur l’ensemble du département, à Bargny, à Yenn, à Diamniadio, à
Sangalkam, Gorom jusqu’à Kaniak etc. Il s’y ajoute que Me Mbaye Jacques
Diop entretient également des liens affectifs forts avec Rufisque et ses
habitants qui se reconnaissent en lui et en son combat politique. Ce qui
lui a permis, pendant la présidentielle du 25 février dernier, de mettre
en pratique son concept de « dox koléré, falat Abdoulaye Wade » (retour
de l’ascenseur pour la réélection de Abdoulaye Wade. Ndlr) avec les
résultats que l’on sait. Ce n’est que justice que d’investir sur les
listes de la coalition Sopi un des membres de sa famille politique.
Rufisque semble cependant souffrir de ses « politiques ». La ville
végète encore malgré sa position géographique et son rôle historique.
Qu’elles en sont les causes ?
Cela est
vrai, Rufisque est mal loti. Nous avons le devoir et là je tends la main
à tous les responsables locaux du Pds et de la mouvance présidentielle,
de nous battre pour que notre département, au regard du rôle
historique,-rappelons que c’est dans la salle des fêtes de Rufisque qu’a
été décidée la déclaration d’indépendance du pays,-soit associé
pleinement à la gestion de l’Etat et qu’il en tire aussi profit. Nous
avons exprimé clairement ce souhait le vendredi 27 avril dernier au
Premier ministre, Macky Sall. Mais, il faut également le dire, il va de
la responsabilité individuelle des hommes et des femmes qui sont placées
à des niveaux de gestion et qui doivent travailler à la promotion de
notre département en termes d’infrastructures, de réponse juste à
l’angoisse existentielle de nos jeunes confrontés au chômage chronique,
aux sous-emplois et au manque d’emplois qui s’y vivent, de mise en place
d’une carte sanitaire appropriée.
L’engagement politique n’a de sens que s’il permet de répondre aux
préoccupations des populations par des actions concrètes. A cela
s’ajoute le fait que le département a les potentialités humaines et
économiques de son développement. Même s’il est vrai que l’Etat central
a des responsabilités majeures, un rôle nouveau dans un contexte de
libéralisation et de mondialisation, un rôle de régulation, de
redistribution de la richesse nationale de manière équilibrée et
quelques fois même par un système de péréquation de sorte à soutenir les
moins nantis, les plus défavorisés. Il reste entendu que la ville de
Rufisque ne peut pas dire qu’elle n’a pas les moyens, elle qui a le
deuxième budget communal après Dakar. Rufisque a un budget annuel de 7
milliards de Fcfa. Un budget donc plus important que celui de la ville
de Pikine qui fait 4 à 5 fois la population de Rufisque. Tout est donc
dans le choix des investissements pertinents à faire.
Revenant sur la relève générationnelle que vous préconisez, est-ce à
dire un enterrement avec les chrysanthèmes de ce que vous semblez
appeler la vielle garde même en rigolant ?
Non, pas
du tout. Comprenez-moi bien. Poser le débat sur la relève
générationnelle ne signifie pas pour moi un quelconque reniement de
notre histoire. L’évolution des peuples a besoin de repères. Des
porteurs de pancartes de 1958 à tous ces grands noms de notre histoire
politique que j’ai évoqués plus haut, ma conviction profonde est que ces
hommes et ces femmes qui en 1958 et les étapes suivantes, avaient eu le
courage de faire face à Charles de Gaulle pour réclamer l’indépendance,
ils méritent de la nation et leur œuvre doit être perpétuée. C’est
pourquoi je salue l’initiative du président Mbaye Jacques Diop et des
amis qui, chaque année, célèbrent le 26 août 1958. D’autant plus qu’au
lendemain de l’indépendance beaucoup parmi eux se sont retrouvés autour
du président Senghor pour bâtir un Etat fort et respecté en Afrique et
dans le monde. Tout cela pour dire que toute génération a ses défis. Nos
aînés ont eu les leurs et se sont évertués à les relever, à nous de
relever les nôtres, ceux de notre temps en s’appuyant bien-entendu sur
leurs conseils.
Sur un autre registre, n’avez-vous pas le sentiment que la
décentralisation semble marquer le pas depuis 2000. Pis le pouvoir
central sous le magistère libéral paraît plus jacobin que jamais ?
Il est
vrai que depuis 2000, on l’impression que la décentralisation est au
milieu du guet. C’est un processus qui n’a certes pas connu de recul,
mais il n’a pas avancé non plus. Je le regrette. En tant qu’expert de la
décentralisation, je dois dire que si en 1996, l’objectif de la
décentralisation est de mettre en place un dispositif institutionnel qui
conforte toute autonomie de prise de décision aux élus locaux, il n’en
demeure pas moins que ce dispositif avait failli parce qu’il ne servait
à rien d’avoir plus de pouvoir, plus de compétences si on n’a pas les
moyens de les assumer. A partir de 2000, on a noté qu’avec
l’augmentation très sensible et très constante du fonds de dotation
traduit une volonté de l’Etat de donner beaucoup plus de moyens
financiers aux collectivités locales pour leur permettre d’assumer mieux
leurs charges. Il est vrai aussi que du point de vue de réformes en
profondeur nous n’ayons pas réussi à atteindre les objectifs tels
qu’énoncés par le président Wade à son arrivée au pouvoir. Cette
décentralisation mérite d’être évaluée, évaluer du point de vue des
rapports entre collectivités locales, du statut de l’élu, d’une nouvelle
génération de compétence tout comme les compétences déjà transférées,
évaluer du fonctionnement réel de la démocratie locale.
Est-ce qu’aujourd’hui la décentralisation née en 1996 a permis à ces
niches d’acteurs apparus sur la scène publique locale d’entretenir le
dialogue politique, social et économique nécessaire ?
Je ne le
pense pas. A part quelques exceptions qui résultent d’ailleurs de
l’application de certains programmes, exigence en vérité des bailleurs
de fonds qui ont imposé leur participation à l’élaboration ainsi qu’à la
conduite de ces programmes, on assiste à un conflit permanent mettant en
face la légitimité des acteurs et la légalité des élus.
Je ne
partage pas totalement par ailleurs l’idée d’une réforme de la fiscalité
locale comme la panacée susceptible de fournir aux collectivités locales
les moyens de leur existence. Que signifie en effet, une réforme de la
fiscalité si les élus locaux si les élus locaux n’ont aucune prise sur
le processus. C’est-à-dire sur la détermination de l’assiette, sur le
mode de recouvrement. Dans certains pays qui n’ont pas une fiscalité
locale mais où la décentralisation se porte bien, je pense un peu à
l’Allemagne, à l’Espagne, la priorité est donnée plutôt à la
sécurisation des finances locales, de la ressource financière locale.
Lorsqu’on est dans la perspective de fiscalité locale, on pense assiette
et recouvrement forcément. Il y a là beaucoup d’aléas assurément. A
l’opposé quand on a le souci de sécuriser les finances locales, on se
place dans la logique de dotation. On doit de point de vue concilier les
deux écoles ; oui pour la fiscalité locale notamment pour les communes,
communautés rurales et les régions, mais également oui pour une dotation
conséquente. Il faut également revoir la structure des collectivités
locales. La loi 96 a certes réglé certains problèmes, mais elle n’a pas
moins créé d’autres. Exemple les rapports les villes et les
arrondissements. Des conflits de compétence, des tiraillements
quotidiens caractérisent leur rapport.
EXERGUES
:
1/ La
période des porteurs de pancartes de 1958 est révolue. Ils ont marqué
leur temps, mené leurs combats.
2/ Les
paradigmes se posent différemment aujourd’hui pour notre génération.
3/ Les
appareils politiques sont encore sous la coupe des anciens. Ils inhibent
encore les velléités de respiration de notre démocratie.
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