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Canaux nauséabonds, égouts bouchés, dépôts d’ordure sauvages à tous les coins de rue… Rufisque croule sous le poids des déchets :  


Sources : L'Observateur Jeudi 18 Sep 2008

Difficile de parler de la vieille ville en cette période hivernale sans évoquer l’état insalubre dans lequel elle se trouve. La cité de Koumba Lamb croule, en effet, sous le poids des déchets nés de dépotoirs sauvages qu’on trouve dans presque tous les quartiers. Quant aux eaux usées des canaux à ciel ouvert, elles ne sont plus qu’un magma noirâtre et nauséabond, incapable de charrier les détritus qu’on y verse régulièrement.

Dire que Rufisque est sale est, à la limite, une redondance. Tellement l’adjectif est lié à la ville de Koumba Lamb. Et nul besoin de séjourner à Rufisque pour constater le degré d’insalubrité qu’a atteint la ville puisque la saleté des deux principaux canaux s’offre sans vergogne aux yeux du voyageur qui passe par la route nationale. Il s’agit du canal Ceinture qui passe près de l’Imprimerie Nationale, et du canal Ouest qui traverse la route nationale à hauteur du feu rouge. Ce dernier est l’un des plus anciens des treize canaux à ciel ouvert que compte la ville de Rufisque. Impossible d’y jeter un coup d’œil sans exprimer une mine de dégoût.

Magma nauséabond de 14 km

A l’intérieur, plus aucune trace de liquide. Rien qu’une boue noirâtre ou verdâtre en certains endroits et des déchets solides pris au piège dans ce magma nauséabond. Par endroit, des herbes sauvages commencent même à pousser. Parmi les déchets solides, on voit toutes sortes d’objets : des seaux ou des bassines endommagées, des pots de chambre, des vestiges de meubles… Même la carcasse d’un réfrigérateur a été aperçue à hauteur du quartier Dangou. Les rebords en ciment dallés de «pierres de Rufisque» ne se voient presque plus. A ce niveau, les déchets sont plutôt composés de reste de repas, de têtes et d’écailles de poissons ainsi que des pelures de légumes. Parfois, on aperçoit des éboueurs embauchés par la mairie s’activer au milieu de la mélasse des canaux. Mais, leurs efforts sont pratiquement vains du fait de leur nombre insuffisant par rapport aux 14 kilomètres de canaux à ciel ouvert de Rufisque qu’ils ont pour charge de nettoyer régulièrement. Depuis plusieurs semaines, cependant, la situation a atteint un degré catastrophique. Une conséquence des fortes pluies qui se sont abattues sur toute la région du Cap-Vert durant cet hivernage.

Prolifération de dépôts d’ordures

Dans le centre ville, les habitants se servent des égouts pour se débarrasser de leurs ordures ménagères. Ils avaient été pourtant nettoyés et débouchés à l’approche de l’hivernage pour faciliter le drainage des eaux. Loin du centre ville, la situation n’est guère meilleure. Au niveau de certains quartiers, les habitants renseignent que le camion de ramassage de la société Ama n’est passé qu’une ou deux fois depuis presque un mois que les fortes pluies ont commencé. Conséquence : des dépôts d’ordures naissent tout le long de la route habituelle des camions. Le contenu des sacs en plastiques ou sacs de riz mal attachés grouillant de vers, a fini par se déverser sur le sol de ses déchets. Les habitants profitent de la nuit tombée pour se débarrasser des ordures n’importe où. Pourvu que ce soit loin de leur demeure. Interpellé sur ce problème, M. Khali Niang, chef du service départemental de Ama, a expliqué cette situation par l’impraticabilité de la route menant à Mbeubeuss. Il a, toutefois, assuré que la situation s’était décantée et que le camion reprendra bientôt ses rotations habituelles.

Les canaux, un mal nécessaire ?

Les 13 canaux de différente longueur qui sillonnent Rufisque, constituent depuis plusieurs années, la cause principale de l’insalubrité permanente qui règne dans la ville. A la longue, les riverains des canaux les ont transformés en des égouts puis en dépotoirs à ordures. Les tableaux pour interdire d’y déverser des déchets, les avertissements et amendes des éléments des services d’hygiène, n’y ont rien changé. La situation a empiré au fil des années, au point que de nombreux habitants ont préconisé comme solution la fermeture des canaux. Ce qui, selon de nombreux experts, serait une erreur. Car ces canaux avaient été, à l’origine, construits pour drainer les eaux de pluies vers la mer. Et éviter ainsi que la ville, implantée dans une demi-cuvette, ne soit inondée. Et sans eux, la ville aurait eu le même sort que de nombreuses autres villes de la banlieue. Certaines personnes se rappellent encore de cette inondation mémorable qui avait causé beaucoup de morts avant que le canal de l’ouest ne soit construit.

Salimata Dia Gassama

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