Rufisque
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Escale, le coeur de Rufisque rongé par l’avancée de
la mer
Sources :
APS
Rufisque, 20 sept 2008 (APS) -
L’image du quartier Escale reflète on ne peut mieux
les dégâts causés par l’avancée de la mer sur la
ville de Rufisque (27 km de Dakar) dont il fut
naguère le centre.
Cette vieille cité, disent les
autorités municipales, cherche encore les moyens les
plus efficaces contre les vagues qui y avaient
endommagé des cimetières en 2006.
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La digue de protection, une
muraille de pierres qui longe le littoral rufisquois,
avait été réalisée en 1984 pour rassurer les
populations des quartiers qui occupent la façade
maritime, rappellent-elles.
Les raz-de-marée et les
inondations qui débordaient les maisons et les
bâtiments administratifs d’Escale avaient obligé les
autorités municipales à s’atteler à la construction
de cet ouvrage. Cette digue contribue à la
sauvegarde de ce qui reste du patrimoine rufisquois.
Ancien centre-ville de
Rufisque, Escale est aujourd’hui constitué du
sous-quartier Keury Kao et une partie de Keury Souf.
Amadou Ndoye, environ 83 ans,
fait partie des habitants de Tiawlène déplacés à
Arafat à la faveur d’un recasement décidé à la suite
des inondations de 1970. Le vieux Ndoye est l’un des
rares Rufisquois qui conservent pratiquement
intactes, en mémoire, les images du port de
Rufisque.
Né à Tiawlène, il a travaillé
comme charpentier au service du port en 1958.
Nostalgique
, il regrette la disparition
des installations portuaires de la ville et des
usines de décorticage qui employaient beaucoup de
personnes. Rufisque fut un pôle économique ‘’qui
n’avait rien à envier à la capitale, Dakar’’, se
souvient-il.
‘’L’avancée de la mer a eu des
conséquences désastreuses sur l’économie de la
vieille ville. Les autorités, au niveau le plus
élevé, n’ont pas anticipé à temps sur ce phénomène
qui, en un peu plus d’un demi-siècle, a englouti le
port qui faisait la prospérité de la ville’’,
témoigne-t-il.
‘’Il existait quatre wharfs
ici’’, signale-t-il, le doigt pointé sur le rivage,
alors que nous sommes non loin de l’école Immaculée
Conception de Rufisque, près de la Maison d’arrêt et
de correction pour femmes.
Les trois wharfs, qui
servaient au déchargement de marchandises, étaient
connus comme les ‘’wakhi bante’’ (wharfs en bois)
chez les Rufisquois. Ils appartenaient à Maurel et
Prom, Maurel et Frères et Keur Compagnie (CFAO), des
sociétés françaises de commerce, se rappelle le
vieux charpentier.
Le ‘’wakhi tabakh’’ (wharf en
pierres) sera construit par la Chambre de commerce,
sous tutelle française. Par bateaux, les Français
établis à Rufisque y ont transporté des barils de
ciment et du fer. ‘’Le ciment était mis dans des
barils et on ne parlait pas encore du sac fait de
papier’’, explique le vieux Ndoye.
‘’Le port de Rufisque était
une véritable ruche humaine. Il y avait une activité
extraordinaire avec les allers et retours des
wagonnets de graines d’arachides, le ballet des
chalands chargés de marchandises entre les navires
qui mouillaient au large et les wharfs. C’était un
spectacle fabuleux’’, raconte Amadou Ndoye, très
nostalgique de cette ville, parmi les plus
importantes du Sénégal colonial.
De l’ancien port de Rufisque,
il ne reste presque plus rien, sinon quelques
bâtiments squattérisés et des pieux en fer plantés
dans la mer, image de l’ancienne rade et vestiges du
wharf en pierres.
Les entrepôts massifs qui
jalonnent le littoral, entre le marché central et la
plage de ‘’Ndéppé’’, dégagent une allure d’ensemble
impressionnante, avec leurs lourdes portes
métalliques qui donnent l’image de véritables
forteresses.
Les briques utilisées pour la
construction de ces bâtisses, des blocs de pierre
calcaire appelés ‘’pierres de Rufisque’’, résistent
encore à l’usure du temps et à l’assaut des vagues.
Des toitures, il ne reste que les charpentes en fer
rouillé par la brise maritime.
Tous ces vieux bâtiments qui
offrent l’image de la désolation, squattés la nuit
par les sans-abri, sont les immenses seccos où
étaient stockées les graines d’arachide triées,
explique un professeur d’histoire et de géographie
au lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque.
La capacité de stockage des
seccos était évaluée à 30.000 tonnes et leur
construction date des années 1910, époque où
Rufisque abritait le premier port d’arachides et un
très dynamique centre commercial, explique
l’enseignant.
La construction du quartier
Escale date de cette époque. Cette partie de la
ville de Rufisque abrite en effet la plupart des
bâtiments administratifs — mairie, police,
préfecture, gendarmerie et Trésor public. C’est là
aussi que se trouvent les banques, le marché
central, la grande mosquée, l’église et les grandes
maisons de commerce.
Les riverains de ce
centre-ville souhaitent qu’il y soit aménagé un plan
d’aménagement de nature à ‘’stopper définitivement
l’avancée de la mer’’, avant la construction de la
future gare maritime pour bateaux-taxis devant faire
la navette Dakar-Rufisque — un projet du
gouvernement sénégalais.
Par Adama Diouf Ly
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