Dernier quartier de la commune de
Rufisque avant Bargny, situé en face de
la cimenterie, coincé sur une petite
bande de terre entre la Nationale 1 et
la mer, Thiawlène est aujourd’hui sous
la menace de la mer et des risques
d’inondations en cette période
hivernale, même si ‘’dame nature’’ lui
accorde un certain répit.
En
effet, depuis plusieurs années, en
période hivernale les populations du
littoral Rufisquois, établies à Diokoul
et Tiawlène s’attendent toujours au
pire, avec toujours des dégâts causés
par la furie des eaux qui détruisent les
pans des maisons et les cimetières de
ces quartiers.
Dans ce lot, Tiawlène a toujours payé le
plus lourd tribut avec déjà un premier
déplacement des populations qui a donné
naissance au quartier de Arafat en 1970,
chaque année le scénario est renouvelé,
emportant à chaque fois un pan du
cimetière, quelques murs des maisons, en
quelque sorte chaque fois un peu
d’histoire.
Cette situation avait amené les
autorités municipales de l’époque à
l’érection d’une digue de protection
réalisée en 1984 pour ‘’freiner
l’avancée de la mer’’ qui grignotait sur
le continent presque un à deux mètres
par an, selon les études faites sur la
question de l’avancée de la mer à
Rufisque.
Mais le drame de 2007 est venu ressurgir
les vieux démons, témoigne Daouda Dieng,
un habitant du quartier qui en appelle à
une solution durable pour régler la
question, vu que la digue de protection
s’est affaissée laissant libre cours aux
houles des vagues.
‘’Ce qui s’est passé l’année dernière
reste dans les mémoires et remet sur la
table la question du recasement des
populations, si rien n’est fait pour une
nouvelle digue de protection’’, ajoute
Daouda Dieng.
‘’Des centaines de tombes sont
englouties dans les eaux, des maisons
entières n’existent plus, c’est notre
histoire, notre culture, notre activité
économique qui sont noyées dans l’océan,
pourtant notre principal allié’’
ressasse, nostalgique, le vieux pêcheur.
Sa
concession distante de centaines de
mètres de la plage quand il était
enfant, n’est aujourd’hui séparée de la
mer que par la digue. Les assauts
répétés des vagues sur les roches font
partie de leur quotidien et ne les
empêchent pas de dormir, même si ce
n’est qu’un d’un œil.
Néanmoins le phénomène les préoccupe
d’autant plus que la furie des vagues
est de plus en plus fréquente et la
digue prise en tenaille par la mer est
maintenant un amas de roches ensevelis
sous un tas d’ordures tout le long de la
plage.
Il
n’ y a plus l’ombre d’un ‘’penc’’, place
publique constituée de quatre solides
pieux surmontés d’une toiture, où se
prélassaient les vieux du quartier,
attendant le retour des pirogues, ni
même plus de plages de débarquement à
Tiawlène.
‘’Il ne faut pas que les autorités
attendent une autre catastrophe pour
venir à notre secours sous forme de
denrées alimentaires, de draps ou de
matelas éponge, on a besoin d’être
sécurisés d’abord’’, confie Alioune
Faye, un autre riverain qui regrette de
ne plus assister au spectacle féerique
des pirogues revenant de la pêche sous
un splendide coucher de soleil.
Pour lui, depuis plusieurs décennies,
l’avancée de la mer reste ‘’une calamité
pour les populations des quartiers de
pêcheurs de Rufisque avec une
détérioration des activités
halieutiques, mais rien n’a été fait’’.
En
effet, rappelle-t-il, ‘’les prévisions
météorologiques avaient montré que cette
année serait plus pluvieuse que la
précédente et cela a été confirmée par
les récentes pluies, aujourd’hui encore
les vagues butent furieusement sur ce
qui reste de la digue, c’est pas du tout
rassurant’’.
Certaines maisons des quartiers de
Tiawlène, Diokoul, Mérina ont été
désertés par les populations obligées de
se reloger dans d’autres quartiers avec
l’aide de leurs parents, rappelle le
gardien du cimetière de Tiawlène, Feugue
Ndiaye. ‘’Cette année si on y prend
garde, le même phénomène risque de se
reproduire, même si pour le moment,
quelques mesures conservatoires sont
prises par la municipalité comme
l’érection du mur de clôture, détruite
en 2005’’, ajoute le responsable du
cimetière.
Encore hanté par le drame de l’année
passée, Feugue Ndiaye pense que la
restauration du barrage est salutaire
mais ‘’reste insuffisant’’ puisque même
si un mur de fortune est érigé par la
mairie, les vagues traversent déjà le
barrage de la digue et menacent de faire
revivre aux populations le même scénario
des inondations.
’’L’hivernage est redoutée par les
populations parce qu’elle influe sur la
montée du niveau de la mer, mais c’est
un moment aussi redouté par les
autorités municipales’’, reconnaît le
chef de la direction des Services
techniques communales (DSTC), Momar
Souaré.
‘’L’avancée de la mer est une question
nationale qui concerne tout le littoral,
de la baie de Hann, jusqu’à Yenne, en
passant par Mbao et Rufisque’’,
renseigne M. Souaré.
Il
ne s’agit pas de mettre sur pied un plan
d’urgence, ni de colmater des brèches
d’un digue qui ne protège plus, mais de
réaliser des aménagements appropriés
pour régler définitivement la question,
explique l’Agent voyer. Après le drame
de 2007, la municipalité avec l’appui de
l’Etat avait dégagé 300 millions de
francs pour restaurer la digue au niveau
du cimetière et à certains endroits.
Mais aujourd’hui, ‘’ces solutions
ponctuelles ne résisteront pas à
l’érosion côtière qui reste une menace
réelle sur l’existence même du centre
ville de Rufisque’’, selon Momar Souaré.
‘’Une étude a été commanditée par la
mairie pour faire l’état des lieux et
évaluer les besoins pour un plan
d’aménagement intégré avec une
digue-route sous forme de corniche, ou à
défaut mettre des épis à grand volume
pour casser les vagues dans la mer afin
d’éviter qu’elles ne se déversent dans
les maisons riveraines et le cimetière
dont il ne reste que la moitié, mais le
coût est exorbitant (300 milliards de
francs Cfa)’’ ajoute le chef du DSTC.
Ce
document est partagé lors de certaines
rencontres internationales sur
l’environnement, pour porter le
plaidoyer et impliquer certains
partenaires de la municipalité et
inciter l’Etat aussi à réagir, confesse
le technicien.
Sur la question du recasement des
populations, l’Agent voyer précise que
certaines populations les plus menacées
ont eu à bénéficier de parcelles, mais
selon des informations elles ont vendu
ces terrains pour rester sur le site.
Toutefois, l’Etat est prêt à faire des
mesures de protection pérennes avec des
études complémentaires, renseigne Momar
Souaré qui estime qu’une solution n’est
pas impossible’’.
Aps