Rufisque :
Thiawlène encore hanté par l’assaut de la mer
Par Cherif FAYE | SUD QUOTIDIEN
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Le sommeil des populations du quartier Thiawlène de Rufisque est troublé
par l’éventualité de l’avancée de la mer, comme ce fut le cas l’année
dernière. Elles l’ont révélé à l’occasion du voyage de presse effectué
samedi dernier 7 juin à l’initiative du Groupe de Recherche sur
l’Environnement et la Pêche (Grep).
Pour ne pas revivre le drame de l’année dernière, le 1er juillet 2007,
quand 120 cadavres du cimetière de Rufisque étaient déterrés et emportés
par des vagues, les populations de Thiawlène ont saisi l’occasion du
voyage d’étude organisé par le Groupe de Recherche sur l’environnement
et la pêche (Grep), en collaboration avec ses partenaires, samedi 7 juin
dernier, pour lancer un appel au Gouvernement. « Ce que nous avons vécu
l’année dernière est dramatique. Imaginez que vous regardez la tombe de
votre parent emportée par les vagues, tout à fait impuissant et sans
solution.
C’est une situation extrêmement grave
et insupportable », a déclaré Mass Ndiaye. Une période redoutée où les
vagues, comme pour rappeler leur ardeur à l’approche de la même période,
butent furieusement sur la digue aménagée pour la protection de
l’arrière plage. À l’image de ses frères du quartier Thiawlène Bout,
ressassant le drame survenu au courant de l’hivernage 2007, il est hanté
par un ultime coup de boutoir de la houle de tempête qui risquerait de
raser leurs maisons, traverser la route nationale 1 et couper la région
de Dakar en deux parties. « Les prévisions météorologiques démontrent
que cette année sera plus pluvieuse que la précédente.
Et déjà, dans moins d’un mois, le même
phénomène risque de se produire à Rufisque, spécifiquement à Thiawlène.
Le Gouvernement doit faire quelque chose. Il ne faut pas qu’il attende
que la catastrophe survienne pour venir nous donner du riz. Ce n’est pas
ce que nous voulons. Déjà, les promesses faites n’ont jamais été tenues
», a déclaré Mass Ndiaye.
Plusieurs notables du quartier ont
abondé dans le même sens, même si l’Imam a calmé les esprits en toute
sérénité, en remerciant le Gouvernement pour ses efforts jusqu’ici
consentis pour le règlement du problème. Il a tout de même tenu à
renouveler son appel dans le même sens que ses frères, pour que le
Gouvernement prenne dans l’immédiat des mesures d’urgences pour trouver
des solutions idoines à cette menace imminente. « Nous pensons que la
situation sera pire cette année. Il faut que des solutions d’urgence
soient entreprises le plus rapidement possible », a-t-il laissé
entendre.
Badara Pouye, représentant du ministre
de l’Environnement, a souligné que Rufisque est une des priorités du
Gouvernement dans sa lutte contre l’avancée de la mer. Il a révélé que
le projet de renforcement de la digue protectrice sera financé par la
Banque Mondiale, et qu’un conseil présidentiel sera tenu pour valider
les recommandations du plan d’actions qui avait été adopté.
Une visite effectuée au niveau du
cimetière de Thiawlène révèle le caractère très vulnérable de ce site
pris d’assaut par la furie des vagues. Alors qu’un mur de fortune est en
train d’être érigé par la mairie, les vagues traversent déjà le barrage
de la digue et menacent de faire revivre aux populations le même
scénario de l’année dernière.
Le responsable du cimetière, Fogue
Ndiaye, est encore hanté par cette image, d’où le sens de sa
préoccupation. « Ce sont les travaux d’extension du port de Dakar qui
ont causé cette catastrophe aux populations de Thiawlène. Ce barrage a
beaucoup aidé, mais il ne suffit pas. Les vagues commencent déjà à le
remonter avec fureur en créant un passage tout près du mur en
construction », a-t-il souligné. Des témoins ont pointé du doigt un
arbre incliné non loin du mur en révélant qu’il se trouvait au milieu du
cimetière. Selon les mêmes témoignages, il y aurait un drapeau érigé à
150 mètres dans la mer. Il délimitait le cimetière. Les jeunes y
jouaient. C’était la plage.
Dans son intervention, le Professeur
Bachir Diouf a fait le réquisitoire des responsabilités humaines dans
cette situation. Selon lui, les causes remontent à l’extraction du sable
des plages par les populations qui l’utilisent pour la construction. Il
a, par la même occasion, sollicité un changement de comportements par
les populations.